Matrice de scénarios (scénarios 2x2)
Choisissez les deux incertitudes qui comptent le plus, imaginez les quatre mondes qu'elles créent et cherchez les décisions qui fonctionnent dans chacun d'eux.
- Durée
- 60 min
- Participants
- 5–8
- Type de travail
- Comprendre · Cadrer

En bref
Une matrice de scénarios est une grille 2x2 construite à partir de deux incertitudes importantes sur l'avenir. Chaque axe va d'un extrême à l'autre, si bien que la grille contient quatre scénarios plausibles. L'équipe décrit chacun, note les signaux annonciateurs et repère les décisions qui ont du sens dans les quatre. Un premier tour prend environ une heure.
De quoi s'agit-il
Les plans supposent en général un seul avenir, celui qui paraît le plus probable aujourd'hui. Une matrice de scénarios en garde volontairement plusieurs. Vous choisissez deux forces qui changeraient beaucoup votre travail et que personne ne peut prévoir avec assurance. Vous les représentez chacune par un axe à deux extrémités, et leur croisement vous donne quatre mondes différents.
Les scénarios ne sont pas des prévisions. On ne demande à personne de parier sur l'un d'eux. Leur rôle est d'élargir la réflexion et de mettre vos plans à l'épreuve. Une décision qui fonctionne dans les quatre quadrants est robuste. Une décision qui ne fonctionne que dans un seul est un pari, à prendre en connaissance de cause, avec des signaux à surveiller. La méthode est très utilisée en prospective publique, notamment dans les boîtes à outils de prospective des administrations.
Quand l'utiliser
À utiliser quand
- Quand vous prenez une décision qui engage sur la durée, comme un bâtiment, une plateforme ou un modèle de service sur dix ans.
- Quand les dirigeants ne s'accordent pas sur l'avenir et que la discussion tourne en rond.
- Après qu'une analyse PESTEL a fait ressortir plusieurs évolutions à fort impact et forte incertitude.
- Quand une stratégie doit être éprouvée face à des conditions très différentes d'aujourd'hui.
À éviter quand
- Pour des décisions de court terme, quand les six prochains mois sont assez prévisibles.
- Quand les deux principales incertitudes ne sont pas vraiment indépendantes, car deux des quadrants n'auront aucun sens.
- Quand l'équipe veut une réponse unique. Les scénarios produisent des options et des signaux, pas un verdict.
Ce qu'il vous faut
- Durée
- 60 minutes pour un premier jet. Une version plus complète, avec recherches, s'étend sur deux ou trois séances.
- Participants
- 5 à 8 personnes ayant des visions différentes de l'avenir, dont au moins un sceptique.
- Matériel
- Une liste d'évolutions extérieures (le résultat d'un PESTEL est idéal), une grande grille 2x2 au mur, des post-it et des feutres.
Comment la mener
Étape 1: Énoncer la question centrale
Écrivez une question en haut, avec un horizon de temps. Par exemple : comment devrions-nous assurer les services de proximité en 2035 ? Chaque choix ultérieur est jugé à l'aune de cette question.
Étape 2: Lister et trier les incertitudes
En 10 minutes, listez les forces extérieures qui pourraient influencer la réponse. Triez-les avec deux questions rapides : à quel point cela changerait-il notre travail, et à quel point est-ce incertain ? Gardez celles qui sont hautes sur les deux.
Étape 3: Choisir deux axes
Retenez les deux incertitudes qui comptent le plus et qui sont aussi indépendantes que possible l'une de l'autre. Écrivez chacune comme un axe aux deux extrémités nettes, par exemple habitants surtout en ligne contre habitants surtout au guichet.
Étape 4: Nommer et décrire quatre scénarios
Répartissez le groupe en quatre binômes ou petits groupes, un par quadrant. Chaque groupe dispose de 15 minutes pour donner à son monde un nom marquant et décrire une journée dans ce monde en cinq ou six lignes. Que vit un habitant ? À quoi ressemble le travail des agents ?
Étape 5: Ajouter des signaux annonciateurs
Pour chaque scénario, écrivez deux ou trois signaux qui indiqueraient qu'il commence à se réaliser. Ils doivent être réellement observables, comme une annonce politique ou une évolution de l'usage des canaux.
Étape 6: Écrire les implications
Demandez ce que chaque monde signifierait pour vos plans actuels. Quels plans échouent ? Lesquels prennent de la valeur ? Écrivez une ou deux implications par quadrant.
Étape 7: Trouver les décisions robustes
Regardez les quatre quadrants ensemble. Entourez les actions utiles dans tous les mondes. Signalez comme paris celles qui n'aident que dans un ou deux, et associez-leur les signaux qui les justifieraient.
Exemple concret
Le service d'urbanisme d'une ville se demandait s'il fallait construire un grand centre de services dans un quartier en pleine croissance. Sept personnes de l'urbanisme, de l'accueil des usagers, du numérique et des finances ont consacré une heure à une matrice de scénarios.
La question centrale était : comment les habitants du nouveau quartier accéderont-ils aux services municipaux dans dix ans ? Un PESTEL récent faisait ressortir deux incertitudes : jusqu'où les habitants basculeraient vers le numérique, et à quelle vitesse la population du quartier augmenterait.
Les axes étaient surtout numérique contre surtout au guichet, et croissance lente contre croissance rapide. Les quatre groupes ont baptisé leurs mondes Écrans tranquilles, Écrans saturés, Guichets tranquilles et Guichets bondés.
Dans Guichets bondés, un grand centre serait plein dès le premier jour. Dans Écrans tranquilles, il resterait presque vide. Les deux autres mondes se situaient entre les deux.
Parmi les signaux : la part des demandes de permis déposées depuis un téléphone chaque trimestre, et les nouveaux logements autorisés dans le quartier.
La décision robuste a été de construire un centre plus petit sur un terrain plus grand, avec de la place pour s'agrandir, et d'investir dans tous les cas dans le canal mobile. Le grand bâtiment est devenu un pari lié à deux signaux, à réexaminer chaque année.
À titre illustratifConseils et erreurs
Conseils
- Choisissez des axes qui surprennent au moins une personne dans la salle. Des axes confortables produisent des scénarios confortables.
- Donnez aux scénarios des noms courts et parlants. On se souvient de Guichets bondés longtemps après avoir oublié le quadrant trois.
- Gardez chaque scénario plausible. Demandez : une personne crédible pourrait-elle soutenir que cela arrivera ?
- Rédigez le scénario au présent, comme s'il était déjà vrai. Le monde devient plus facile à se représenter.
Erreurs fréquentes
- Désigner un quadrant comme le bon avenir et un autre comme le mauvais. Chaque monde comporte des gains et des pertes.
- Choisir deux axes qui évoluent ensemble, ce qui laisse deux quadrants vides.
- S'arrêter aux quatre récits sans jamais y confronter les plans actuels.
- Transformer les scénarios en prédictions en demandant au groupe lequel est le plus probable.
Ce que vous obtenez
Vous repartez avec quatre scénarios nommés, une liste de signaux à surveiller et un petit ensemble de décisions classées en choix robustes et paris assumés. Intégrez les choix robustes à votre plan. Utilisez les trois horizons pour réfléchir au passage d'aujourd'hui vers l'avenir que vous préférez, et un premortem pour éprouver les paris.
Questions fréquentes
Comment choisir les deux axes d'une matrice de scénarios ?
Choisissez les deux incertitudes qui changeraient le plus votre réponse à la question centrale et qui ne sont pas étroitement liées. Si connaître l'une vous renseigne sur l'autre, elles sont trop proches pour former une grille utile.
Combien de scénarios faut-il construire ?
Une matrice 2x2 en donne quatre, ce qui suffit à élargir la réflexion sans surcharger les participants. Certaines équipes en approfondissent ensuite deux ou trois.
Scénarios ou prévision : quelle différence ?
La prévision cherche à prédire l'avenir le plus probable. La méthode des scénarios décrit plusieurs futurs plausibles pour préparer des décisions qui tiennent quel que soit celui qui se réalise.
Fiche de l'outil
La fiche de travail que remplit votre équipe, une case par rubrique.
- Incertitude
- Axe
- Scénario
- Signal
- Implication